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đź’ĄOu est donc passĂ© l’humanitĂ© de ceux qui gèrent l’hĂ´pital ? đź’Ą

Nous relayons le billet d’humeur de la semaine d’un mĂ©decin urgentiste :
« Irrespect
« Bloqueurs de lit » : voilà une nouvelle appellation de la langue technocratique de nos chers gestionnaires hospitaliers pour désigner les patients pour lesquels notre système de santé n’offre pas de réponse adaptée à leur situation. Quel manque de respect de la personne humaine ! Ces patients sont notamment des traumatisés crâniens atteints de lourdes séquelles et qui, après leur hospitalisation à la phase aiguë, nécessitent une prise en charge dans des structures de rééducation spécialisées dont le nombre de places est insuffisant et dans lesquelles le délai d’attente pour le transfert est souvent très long. Dans le mode de financement instauré dans les hôpitaux, appelée tarification à l’activité, ces malades ne rentrent pas dans la bonne case et leur séjour prolongé est source d’un « déficit financier » pour l’établissement. Ils sont donc des gêneurs dont il faut se débarrasser le plus rapidement possible.
Pour cela, nos joyeux technocrates ont créé des postes dédiés dans des structures qu’ils dénomment « cellules bed blockers », pensant vraisemblablement qu’utiliser un nom anglais rend leur invention plus performante. Mais cela confine à l’indécent .En effet, du fait du manque de personnels dans les structures prenant en charge ces handicapés, il faut que le patient ne soit pas trop « lourd », c’est-à-dire ne nécessite pas de soins trop importants, au risque de se voir refuser son admission. Voilà comment nous traitons, ceux qui devraient bénéficier d’une attention toute particulière pour eux-mêmes et pour leurs proches.
La dégradation de notre système de santé et son manque de moyens transforme notre société en un monde qui a oublié les valeurs humanistes qui sont les fondements de la médecine. Lucien Bonnafé, un célèbre psychiatre, a écrit : « On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous ». Je crois que cette formule s’applique aussi aux grands handicapés et les dérives que j’ai décrites doivent nous interroger et nous inquiéter sur la perte de valeurs humaines dans notre pays . »
Dr Christophe Prudhomme