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🌑 Nous sommes la solution. 🌑

Bas les masques s’est donnĂ© un objectif, celui de dĂ©fendre le soin dans son sens le plus large. La jeunesse fait aussi les frais de la situation sanitaire, nous leur donnons la parole Ă  travers ce tĂ©moignage reçu d’un Ă©tudiant.

 » Nous sommes lundi 18 janvier.

Aujourd’hui quelques étudiant.es avaient lancé un appel à nous rassembler dès ce matin devant le Panthéon pour exprimer notre mal-être.
Il est 15 heures, je viens de terminer un examen et je quitte mon université, écœuré. Ce lieu qui, jusqu’à il y encore quelques mois était pour moi comme une deuxième maison, pleine de vie, de rires et de bonne humeur, s’est transformé en un bâtiment vide et froid, où quelques étudiant.es viennent passer, la mort dans l’âme, quelques examens dénués de sens.

Le sujet n’est pas évident, habituellement si motivé je peine à me concentrer et j’en viens à me demander ce que je fais là. Dans le fond mes examens n’ont aucun sens, je n’ai pas mis les pieds à l’université depuis plusieurs mois et l’on me demande de composer comme s’il s’agissait d’une année normale.

Quoiqu’il en soit, j’ai composé à la hâte, et ne pouvant me résigner à rentrer chez moi, m’enfermer de nouveau, nous avons décidé avec un ami de nous rendre au Panthéon.
Je ne m’attendais à rien, rares sont les étudiant.es qui ont encore la force de se battre, de protester contre l’injustice dont nous sommes victimes.

Mais nous nous sommes tout de même joints aux quelques dizaines d’entre elles et eux, qui occupaient la place du Panthéon, non sans être au préalable passés devant quelques camions de police stationnés en aval.
Ils font désormais partie intégrante du paysage de tous les étudiant.es qui osent élever la voix contre l’inaction du gouvernement.

Au centre de la place un micro, une enceinte, une jeune fille raconte sa situation.
Sur les grilles du Panthéon des dizaines de pancartes, aux messages tous plus sombres les uns que les autres.
Le suicide des étudiants y est mentionné comme s’il était devenu une pratique standardisée.
Sous ces messages, une table, sur laquelle se trouve des vivres en tout genre et une pancarte « dons alimentaires – donnez / prenez ». Désormais ce sont les étudiant.es eux-mêmes qui viennent en aide à leurs camarades les plus précaires, bel exemple de solidarité qui devrait faire rougir de honte le gouvernement.
Peu de chance que cela n’arrive, demeurons rĂ©alistes et gardons Ă  l’esprit que pour nos dirigeants, nous ne sommes que des gamins irresponsables, « non-essentiels » et bons qu’à laisser traĂ®ner des bonbons sur les tables de nos universitĂ©s.

Seulement, les prises de paroles successives auxquelles j’ai assisté aujourd’hui témoignent d’une réalité radicalement différente de celle que véhicule l’Etat et une large partie des médias.
J’ai vu des jeunes de mon âge faire preuve d’une résilience et d’une force de caractère incroyable.

Des étudiant.es capables de se mettre à nu devant des dizaines d’inconnus, de parler de leurs inquiétudes, de leur désarroi, et de la profonde détresse qui les habite pour certains.
Beaucoup d’émotions ont traversé l’audience et les intervenant.es cet après-midi, des larmes, des pleurs… beaucoup de colère également.
De nature réservée je n’ai pas pris la parole, mais leur courage à tous m’a ému, et là où certains demandaient des comptes au ministère, une chose m’est apparue évidente.

Nous sommes la solution.

Nos cris de détresse n’émeuvent point nos dirigeants, la solution à nos maux ne viendra de nulle part si ce n’est de nous, notre avenir, annoncé si sombre par tous c’est à nous, en définitive, qu’il appartient de le construire.
Je n’attends plus rien de ces hommes et de ces femmes politiques en déphasage total avec la situation du peuple, et ce sentiment, je le sens gagner nombre de mes camarades.

Comme l’a si bien résumé une étudiante en école d’art, la situation est terrible, mais nous sommes dedans ensemble, et nous n’en sortirons qu’ensemble.

L’important aujourd’hui réside dans le fait que nous nous comprenions, et c’est de cette compréhension, de cette cohésion que naîtra nécessairement quelque chose de fort, quelque chose de beau.
Nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la formation d’un véritable mouvement étudiant mais j’ai l’intime conviction que celui-ci prendra rapidement de l’ampleur dans les jours qui viennent.

L’avenir est sombre, l’espoir s’en est allé, mais c’est à nous qu’il appartient de le faire revivre.

La flamme de la jeunesse, que beaucoup pensent éteinte, je l’ai vue aujourd’hui, briller timidement mais fièrement sur les pavés du Panthéon.

Si certains d’entre-nous sont au sol, d’autres les relèveront, puis nous avancerons et nous battrons pour un avenir qui vaille la peine d’être vécu, ensemble. « 

Un étudiant…