TĂ©moignages

🤍 Soigner des coeurs, soigner des corps 🖤

« 17 mars 2021, nous sommes à l’hôpital.
La pandémie ne s’essouffle pas.

Ici, en réanimation, la maladie et la mort n’ont pas subi le confinement ces derniers mois.
Masqué.e.s, en guise de muselière ou de bâillon, armé.e.s seulement de nos convictions, à deux doigts de la rupture, nous sommes pourtant toujours là. En blanc. Le jour et la nuit.

Il n’y a pas trêve pour la maladie les dimanches et les jours fériés.
La mort et la vie se jouent ici, entre ces murs. Pendant ce temps, on applaudit sur les balcons. Mais dans le fond, qui a compris ?
Nous manquons de bras, de matériel et de formation.
Dans le néant, nos cris ne retrouvent plus d’écho. Alors nous nous sommes tu.e.s. Mais aujourd’hui, la passion seule, ne suffit plus à tenir bon.

Il y a deux semaines, je pousse la porte de mon médecin. Il diagnostique : épuisement
professionnel.
Il me rassure, je ne suis pas seule la tête sous l’eau. Il me raconte que nous sommes nombreux à céder sous la pression.
Quelques jours, quelques semaines d’arrêt.

D’accord. Et après ? Faudra-t-il que je
fasse le deuil de ma profession ?
Où suis-je censée trouver la force de construire de nouvelles convictions ? Je ne sais faire que ça : soigner des corps, soigner des cœurs, faire des piqures malgré l’usure et tenir des mains quand vient la fin.
Et qui après ? Qui prendra soin, quand j’aurais
déserté.
Parce qu’il y a là quelqu’un. Quelqu’un qui souffre, quelqu’un qui meurt parfois.
Quelqu’un des miens. Quelqu’un des nôtres.
Peut-ĂŞtre ce proche est-il le vĂ´tre ?

Etre éprise d’idéaux ne fait plus le poids contre ce fléau.
La bientraitance se meurt ici.
Quelle réponse plus sensée alors, face à l’inadmissible, à l’intolérable et à l’abject que
cette révolte qui prend aux tripes ?
Mais ce combat n’a pas de poings. Quelle arme plus douce que la voix et les larmes d’une infirmière ?
Aucun barrage ne cède jamais sous ses coups.
Il ne me reste plus que les mots comme levier de mon indignation.
Pendant que mes doigts glissent encore le long du zip de la housse mortuaire, là-haut dans les bureaux, trinquent les cerbères.
Ils tirent les liens. Mais marionnettiste, sous tes ordres c’est le désordre.

Savent-ils qu’un jour, dans ce lit, ce sera leur mère. Ce sera leur frère. Un ami. Leur enfant.
Toi l’invisible qui tient les rênes, sais-tu seulement qu’un jour cette vie sera la tienne ? « 

Ce témoignage nous parvient de « Quelqu’un qui essaye de prendre soin »

Acrylique sur toile de Morgane L.