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❌Ainsi s’éteint la liberté… sous une pluie d’applaudissements.❌

Nous ne passerons pas sous silence ce qui est arrivé hier soir, place de la République, à Paris.

Et nous cesserons pas de lutter pour que nos frères et soeurs humains, soient traité.es dignement.
Cela fait partie de notre ADN…

Témoignage de Pierre Joigneaux sur place ce 23 novembre.

 » Ce soir je n’arrive pas à trouver le sommeil. J’en ai fait des manifestations dans ma vie, mais ce que j’ai vu ce soir place de la République et dans les rues de Paris, dépasse l’imaginable.

Nous avons lancé un direct aux alentours de 19 heures. La police était tout juste en train d’arriver sur la place. Les tentes étaient disposées en longueur au pied de la statue de la République. Des exilés, essentiellement des gamins à l’intérieur et à l’extérieur. Puis très vite, les lumières se sont éteintes.

Les CRS ont commencé à charger par un côté (boulevard du Temple) et ont commencé à faire une percée en marchant sur les tentes. Ils ont été vite stoppé, face à eux, militants, avocats, journalistes, élus, citoyens, ont fait bloc.

TOUT S’ACCELERE ENSUITE

C’est aux alentours de la 25ème minute sur le direct.
La police effectue une charge sourde, matraque et bouclier en avant, écrasant tout sur leur passage, y compris les gamins dans les tentes.
Je me prends une patate dans le ventre de la part d’un CRS au crâne rasé.
Je perds carte bleue, passe navigo et carte vitale dans la charge, mais l’essentiel est ailleurs : face à la résistance pacifique mais déterminée de notre côté, les gendarmes et les CRS chargent de l’autre côté.
Et les coups pleuvent.
Les tentes sont arrachées les unes après les autres.
Des gamins sont à l’intérieur, terrorisés.
Je vois une poussette entre les tentes.
Puis un CRS qui tire une fille de mon âge par les cheveux.

Nous commençons à former une chaîne humaine pour tenter de protéger les dernières tentes restantes. Deux militantes associatives nous racontent l’évacuation du campement de Saint Denis la semaine dernière, et les exilés pourchassés dans les rues pendant près de 48 heures sous les pluies de lacrymogènes.
C’est à ce moment là que la police charge de nouveau. Elle nous arrache un par un et nous pousse violemment hors de la chaîne humaine.
Peu à peu, le groupe se restreint et la police se replace en ligne au pied de la statue.

Un sitting se fait alors sur la place, sur laquelle les tentes ont disparu, gardées au pied de la statue par une autre compagnie de CRS.
Quand la camion arrive pour les récupérer, la police adresse la première sommation.
Puis charge à nouveau.
Une mêlée de rugby géante, jusqu’à pousser en touche les exilés, militants, avocats, élus et journalistes restants. C’est alors que le mot d’ordre « Hôtel de ville » est lancé : la troupe commence à avancer.
Les CRS se mettent à courir pour nous empêcher de sortir de la place. La nouvelle charge s’effectue à l’entrée du boulevard du temple.
Un policier fracasse un jeune exilé contre un feu rouge. Sa tête tape, le policier lui assène des coups de matraques sur le crâne, le gosse essaie de se protéger comme il peut, je le perds de vu. On continue à faire le tour de la place, pour s’engouffrer boulevard Saint Martin.

La marche commence, les slogans antifascistes et anticapitalistes fleurissent, « solidarité avec les sans papiers » revient en choeur. On marche comme ça jusqu’à Beaubourg.
Là, CRS et gendarmes nous attendent, et dans une grande confusion on se disperse, les gaz lacrymogènes sont tirés. On se retrouve alors avec un petit groupe qui dépasse le métro Rambuteau, rue de Beaubourg.

ET LA UN DES SYMBOLES DE LA SOIREE

Rémy Buisine, journaliste de Brut, se fait plaquer et rouer de coup au sol. On crie aux policiers qu’il est journaliste. Rémy se relève, et crie au policier « c’est la troisième fois que vous me frappez ». Ce à quoi, le policier, répond, goguenard : « jamais deux sans trois ».

Voilà où on en est : la police ne cache même plus sa violence. La liberté de la presse est en grand danger.

Alors que la PPL Sécurité Globale et son article 24, sont en train de passer à l’Assemblée, la police tabasse un journaliste au sol et fait passer un message : oui, vous allez arrêter de diffuser les violences policières.

La soirée a été remplie de symboles. Des exilés, des citoyens et des élus de la nation arrachés place de la République. Des journalistes et un député de la République nassés, empêché.es de circuler, au pied de l’Hôtel de Ville.
La dérive autoritaire se déroule sous nos yeux.

L’Assemblée nationale a voté l’article 24 : ainsi s’éteint la liberté… sous une pluie d’applaudissements.

Crédits photo Charles Baudry