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Non aux faux choyeurs de l’école publique 🌟

(lecture 9 minutes)
Mardi les personnels de l’éducation sont en #grève !
On va vous expliquer pourquoi

Spoil ce n’est pas parce qu’il va faire beau et que le mardi précède le mercredi : le challenge sera d’arriver à être court et concis, alors qu’on ne sait plus où arrêter la liste (sans parler des considérations pédagogico-philosophiques sur le système scolaire).

  • D’abord, nos #salaires :

On entend déjà les murmures indignés sur notre supposée indécence sur ce délicat sujet alors que tellement de gens sont au #chômage et dans la #misère. Ça ne vous rappelle pas le « essayez la dictature pour voir » sur la “démocratie” macronienne ? Sachez seulement qu’année après année nous avons perdu depuis 2000 environ 20 % de pouvoir d’achat. Au bout de 10 ans de carrière, le salaire d’un.e professeur.e des écoles atteint 1900 euros. Nous sommes payé.es en moyenne 25 % de moins que nos homologues européen.nes. Seule la calotte glaciaire semble fondre plus vite que notre point d’indice. Chaque année où il reste gelé équivaut à une perte de salaire. Alors oui, nous avons l’impudeur de réclamer un traitement qui nous permette de vivre et de faire vivre nos familles. Comme ça on pourra faire plus de #grèves 😉 De nombreux.ses collègues ne nous rejoignent pas parce qu’ils et elles ne peuvent pas se permettre de perdre un jour de salaire. Jean-Michel avait parlé d’une revalorisation « historique, qui ne serait pas des clopinettes ». C’est pire que ça. Ce n’est même pas un rattrapage. La majorité n’a rien car il n’a donné de primes qu’aux débutants, alors que ce qu’on réclame c’est une augmentation indiciaire pour tout.e.s. Les seul.es à avoir eu une prime substantielle ce sont les supérieurs en costard, particulièrement gâté.es par #Blanquer. Apparemment il faut du mérite pour veiller à ce que des ordres aussi absurdes soient appliqués.

  • Les conditions de #travail : On veut des #postes ! Il y a trop d’élèves dans les classes, on ne sait plus comment les empiler, en maternelle on se prend les pieds dedans c’est une horreur. Il faut savoir que chaque année nous avons moins de postes et que la grande priorité accordée au primaire (qui est le parent pauvre de l’EN) se traduit dans les faits par un bel effet de manche, la stratégie du déshabillage de l’un pour donner à l’autre (qui reste quand même honteusement à moitié à poil ne l’oublions pas ) avec un déplacement du nombre de postes du secondaire vers le primaire. Ça se traduit concrètement par des classes surchargées et une disparition des postes spécialisés notamment dans la difficulté scolaire, ce qui renforce la sélection naturelle opérée par le fameux marche ou crève.
    On veut être remplacé.es quand on est malades, parce que ça nous arrive aussi malgré notre santé de fer. En passant, tordons le cou à un mythe complaisamment entretenu par le gouvernement (en toute innocence), les fonctionnaires de l’Education nationale ne sont pas plus absent.es que les autres travailleur.euses. C’est la Cour des comptes qui le dit. Mais on fait aussi des bébés (en même temps il faut bien qu’on s’assure qu’on aura toujours du travail) et des fois on a de longues maladies. On veut être remplacé.es par des profs formé.es et titulaires, afin de ne pas contribuer à précariser et dégrader la profession. Non aux contractuel.le.s jeté.es dans l’arène sans filet puis mis.es au rebut. Dès la rentrée de septembre prochain nous expérimenterons aussi le jet d’étudiant.es dans les classes, une belle façon de faire des économies sur la formation et les postes au détriment des élèves et des personnels.
    On veut du #respect : le prof bashing est devenu par moments le sport préféré des politiques et des chroniqueurs qui les servent. Le gouvernement prend bien soin d’entretenir cette image de râleurs privilégiés, fainéants, incapables : nous savons bien que c’est pour décrédibiliser notre discours quand nous dénonçons l’incurie du ministère. Il a notamment orchestré une belle campagne de décrédibilisation pour essayer de faire croire que nous nous sommes planqué.es lors du premier déconfinement alors que c’est le respect de l’application du protocole sanitaire qui a empêché une reprise massive des élèves. Si de temps en temps le ministère sort la brosse à reluire, ce n’est que pour nous instrumentaliser comme caution douteuse à ses appels grandiloquents à condamner les mauvais républicains. Nous ne sommes pas dupes. Ces petites phrases nous assassinent mais aussi ces mensonges : le champion reste Jean-Michel avec le « nous sommes prêts », talonné par #Castex avec « l’Education Nationale, notre majorité l’a particulièrement choyée, et nous allons continuer de le faire ». Ce discours participe à la construction du “gap” entre ce que nous vivons au quotidien et l’image façonnée par le récit gouvernemental.

Si nous choyions nos élèves autant que les ministres nous choient, choyez sûr que nous choierions en prison.

Au quotidien cette parole qui veut dénoncer les inepties du #système qu’on rend inaudible est vécue comme une violence, le fameux #pasdevague en est un symptôme. Non aux faux choyeurs de l’école publique. Ce gouvernement s’est particulièrement distingué dans l’autoritarisme et la #répression : sanctions disciplinaires contre les profs contestataires (désavouées par le tribunal administratif dans l’affaire des 4 de Melle), communication mensongère et malveillante, menaces contre les personnels, mais aussi création et financement d’un syndicat lycéen en carton pour faire croire que sa réforme du bac, unanimement conspuée par tou.te.s était soutenue par les lycéen.ne.s. Fallait oser quand même !

  • Nous dénonçons également l’hypocrisie sur l’inclusion : proclamée grande cause nationale dans les paroles, cinquième roue du carrosse dans les faits.

Les places en #IME ( Instituts Médico-Educatifs) sont presque aussi rares que les #doses de vaccins dans le tiers-monde. Le métier d’AESH ( Accompagnant.e des élèves en Situation de Handicap) est toujours aussi peu attractif, comme beaucoup de #métiers #essentiels. Sous payé.es, sous-formé.es, précarisé.es, les #AESH sont absolument indispensables pour accueillir dans des conditions acceptables les enfants aux besoins particuliers. Le discours officiel vend aux familles un mirage en faisant croire que leur enfant peut être pris.e en charge de façon satisfaisante dans des classes surpeuplées sans moyens humains supplémentaires. Nous dispensons de l’enseignement, pas du soin. Nous compatissons de tout cœur avec les familles qui sont confrontées aux incohérences et lacunes du système. De même nous voulons que les professionnel.le.s du soin (psychologues, infirmièr.es, médecins, PMI) de l’Education nationale, ou du moins ce qu’il en reste, soient revalorisé.es. Ce sont actuellement les plus bas salaires de la fonction médicale. C’est dire toute l’importance accordée par l’Etat au service public de la santé communautaire et individuelle à l’école, qui est en train de disparaître. De même, les #politiques #sociales sont réduites à peau de chagrin. C’est pour ça que nous grinçons un peu des dents quand nous entendons Jean-Michel dire que c’est parce qu’il est soucieux de la situation #sociale des élèves, qu’il veut garder les écoles ouvertes pendant qu’il fait les poches du service #social en faveur des élèves par exemple.
Les dernières réformes : il y a une inflation d’injonctions contradictoires qui nous rendent littéralement folles et fous.

Des injonctions qu’on ne peut pas respecter sans en enfreindre une autre. Oui je sais, c’est une paraphrase de l’affirmation précédente, mais c’est ce que je disais on ne s’en tire pas sans séquelles. Les dernières réformes c’est du lourd, mais comme on a
déjà pas mal abusé de votre patience et qu’on est quand même gentil.les au fond, on va vous résumer, même si c’est quand même important parce que ça touche au cœur de notre métier. En fait tout est résumé dans les directives de l’OCDE qui sont le carnet de route de Blanquer mais aussi des gouvernements précédents. Ces réformes (réformes du #bac, loi de transformation de la fonction #publique, #Parcoursup, école de la confiance (ahahah pardon tic nerveux), réforme de la politique des REP, future réforme de la maternelle) visent à “assouplir” suivant le gouvernement, #démanteler suivant notre expertise, le service public d’Education nationale. C’est-à-dire casser les statuts, favoriser des contrats locaux, déconcentrer pour créer de la concurrence entre les établissements et nourrir un marché de l’éducation, faisant au passage exploser les #inégalités sociales et territoriales. Elle n’aura de nationale plus que le nom, puisque ce projet très #néolibéral c’est “donner à chaque élève les nutriments dont il a besoin suivant ses capacités” (OCDE). D’après notre dictionnaire de novlangue ça dit : “finie la #bamboche, on propose un parcours d’apprentissage différent à chaque élève, suivant son milieu et son territoire d’origine”. On ne travaille plus pour donner à chaque enfant, citoyen.ne en devenir, les moyens de se défendre intellectuellement, mais pour une grande machine à sélectionner et à “produire des compétences”, dont on ne sait d’ailleurs pas exactement ce que c’est, séparé des connaissances.

Quant à la #crise sanitaire, on attend toujours un #protocole digne de ce nom, mais on a beau prendre sur nous de scruter #BFM, canal privilégié de communication entre le ministre et ses grouillots, rien ne vient .
Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Je ne vois que la vague qui arrivoit et le ministre qui mentoit…
On se retrouve mardi dans la rue !
Signé : des enseignant.es grévistes