| | | |

Soulèvements de la Terre : communiqué post procès

Photo de Bassines non merci : mobilisation à Sainte-Soline contre la mégabassine
Crédit : Bassines Non Merci

Nous relayons le communiqué de presse de Bassines Non Merci, des Soulèvements de la Terre et de la Confédération Paysanne suite aux procès des militants anti-bassines qui se sont tenus les 5 et 6 janvier 2023 :

LA NÉCESSITÉ DE LA RÉSISTANCE ASSUMÉE FACE À UNE JUSTICE INIQUE LORS DU DÉSARMEMENT DES BASSINES ET UN APPEL À SE RETROUVER LE 25 MARS

Les 5 et 6 janvier, à La Rochelle et Niort, se sont déroulés deux nouveaux procès de la résistance aux bassines : le premier pour le désarmement par des milliers de personnes d’une bassine construite et remplie depuis des années illégalement à Cram-Chaban le 6 novembre 2022, l’autre pour l’intrusion dans le chantier de la méga-bassine de Mauzé-sur-le-Mignon et la neutralisation d’un tractopelle le 22 septembre 2021.

Dans les deux cas, après des mois d’un dispositif d’enquête, filatures, géolocalisation et de fichage ahurissant, la justice a choisi d’isoler quelques personnes pour les réprimer lourdement.

Dans les deux cas, les intrusions dans les méga-bassines et leur démantèlement ont été revendiqués par les centaines de personnes présentes devant les tribunaux comme un geste de désobéissance absolument nécessaire face à l’urgence climatique et à la fuite en avant du modèle agro-industriel. 

A l’intérieur des tribunaux, la défense avait amené des témoins qui chacun à leur tour ont retourné l’audience en procès des bassines et plaidoirie pour la désobéissance. Une juriste a rappelé l’illégalité de la bassine de Cram-Chaban, un hydrologue que la situation était plus critique que jamais quant à la ressource en eau, un paysan a souligné les difficultés causées par l’accaparement de l’eau au profit de quelques irrigants et par la détérioration des sols liés à l’agriculture productiviste. Un faucheur volontaire a quant à lui rappelé que face aux dangers des OGMs des actes précurseurs jugés illégaux avaient été nécessaires afin d’obtenir des avancées dont toute la population avait pu bénéficier.

Les accusés – paysans, militants, habitants attachés à leur territoire – ont expliqué avec force et conviction leur présence à ces manifestations. L’un deux a mis en avant dans une déclaration vibrante (ci-jointe) le contraste entre « un discours verdi et culpabilisant pour les citoyennes de ce pays et de l’autre les subventions pour un modèle destructeur et dénué de sens, ainsi que des autorisations de pompage, même lorsque tous les indicateurs sont dans le rouge. » « Agir, tenter même l’infiniment petit pour ouvrir une brèche dans ce constat n’est que ce que je devais faire. Je n’ai ni honte ni regret d’avoir participé à cette manifestation et de soutenir à 100% la démarche ».

L’association de malfaiteurs, ce sont les irrigants et leurs financeurs

Les accusés avaient fait le choix d’une défense collective, pour faire bloc et refuser l’individualisation des accusations. Face à la dignité des inculpés à Niort comme à la Rochelle, nous avons pu déplorer des procureurs mais aussi des juges hautains, qui semblaient ignorer tout de l’urgence écologique et n’hésitaient pas à afficher leurs parti-pris brutaux contre le mouvement pour la défense de l’eau. Les réquisitions ont été lourdes : 5 et 6 mois de sursis et des dommages et intérêts de plus de 500 000 euros pour les débâcheurs. Ceci alors que Nicolas Girod porte-parole de la Confédération Paysanne n’avait été condamné qu’à l’euro symbolique pour le démontage de la pompe survenu en parallèle, et que la nouvelle venait de tomber que la cour de cassation refusait d’ouvrir une ultime procédure demandée par l’ASA (Association Syndicale Autorisée) des Roches pour contester l’illégalité de la bassine de Cram-chaban. Pour les accusés du 22 septembre ce sont des peines de prisons avec sursis probatoire de 2 à 6 mois, ainsi qu’une interdiction des Deux-Sèvres et des demandes de dédommagement.

Face à ces injonctions à punir et ostraciser pour faire peur à tous/tes et tenter d’asphyxier le mouvement, la défense a bataillé ferme. L’un des avocats s’est insurgé : « Et là du coup, ce qui serait insupportable c’est la dégradation de cette bâche, illégale depuis 13 ans ? c’est ça le chaos ? «  et affirmé que si association de malfaiteurs il y a, c’est du côté des parties civiles, des irrigants et de leurs financeurs publics. Face aux poncifs bornés du procureur il a rétorqué : « Dans 20 ou 30 ans, quand mes enfants feront la queue à un camion citerne pour leur tasse d’eau je pourrai leur dire  » oh mais tu sais c’était bien y a 30 ans à la Rochelle le procureur il a dit la loi c’est la loi ».

Les bassines en procès et les résistances plébiscitées dans la rue

Dehors, pendant les deux jours, des centaines de personnes sont restées solidaires et ont débattu en présence, entre autres, de paysan.nes qui avaient participé à diverses époques à des actions collectives de désobéissance et démontage au Larzac, face aux OGMs, ou contre la ferme-usine des milles vaches. Des représentant.es de Bassines Non Merci, de la Confédération Paysanne et des soulèvements de la Terre, ainsi que des élu.es NUPES et syndicalistes CGT ou Solidaires ont rappelé que les actions collectives jugées aujourd’hui étaient celles qui avaient permis que les bassines et le partage de l’eau deviennent en quelques mois des sujets de débats nationaux et une lutte écologiste emblématique, comme l’a montré la manifestation de Sainte-Soline. 

Une réponse aux menaces de dissolution sur les Soulèvements de la Terre

Les Soulèvements de la Terre ont par ailleurs appuyé sur d’autres tentatives de criminalisation en cours à leur égard avec des menaces de dissolution récemment fuitées dans la presse par le biais d’une note interne des Renseignements Territoriaux, accompagnée de procédures « anti-terroristes » et pour « association de malfaiteurs ». Cette évolution plus qu’inquiétante des leviers répressifs à l’égard du mouvement écologiste s’inscrit dans la droite ligne des accusations d' »éco-terrorisme » proférées par le ministère de l’intérieur et vient encore mettre en avant par contraste son inaction climaticide. Les Soulèvements de la Terre ont annoncé la publication d’une tribune dans laquelle des centaines de personnalités s’engagent à leurs côtés et appuient sur la nécessité des actions menées.

Des cutters et une pompe brandis, une bassine débâchée devant le tribunal et un appel à mobilisation internationale le 26 mars

A la Rochelle, à la sortie du tribunal, la foule a brandi des dizaines de cutters, et le porte-parole national de la Confédération paysanne le morceau de pompe démonté, pour affirmer qu’ils étaient prêts à agir de nouveau ensemble contre les méga-bassines tant qu’un moratoire sur leur construction ne serait pas obtenu. 

Ils ont ensuite procédé ensemble au démontage d’une bassine reconstituée dans la rue. Le morceau de bâche ainsi découpé annonçait  » Rendez-vous le 25 mars. Pas une bassine de + ». Pour la coalition croissante d’organisation opposées aux bassines, ces procès ont été ainsi un tremplin pour annoncer cette nouvelle date de mobilisation internationale qui s’annonce d’ores et déjà comme une manifestation historique.  

Verdict le 2 mars à La Rochelle et colère après le verdict  à Niort

Si le verdict du procès de la Rochelle sera donné le 2 mars, le  tribunal de Niort a décidé quant à lui  – de nouveau – d’administrer des peines au plus vite en suivant quasi à la lettre les réquisitions du procureur – à l’exception d’une relaxe – et en distribuant des peines de 2 à 6 mois de sursis probatoires et des années d’interdiction des Deux-Sèvres. A cette annonce à 20h la foule a laissé éclaté sa colère . Le gouvernement et une justice indigne croient ainsi nous affaiblir, mais ces deux journées n’ont fait que rendre la résistance collective plus nécessaire encore. 

NO BASSARAN et Rendez-vous le 25 mars pour mettre fin aux Bassines ! 

Ce communiqué de presse est à retrouver sur le site des Soulèvements de la Terre.